Noémie

Depuis cinq ans, Noémie se fait encrer une grande pièce ornementale par Guy le Tatooer. Passionnée par l’art de l’encre, la jeune femme aime le tatouage qui habille les corps. Amoureuse des arts asiatiques, elle nourrit un univers créatif aux influences riches, car elle a un nouveau défi : elle aimerait apprendre le métier et encrer des peaux de brocart.

Texte : Emy Sparks – Photos : Laurent Ponce

Article offert et publié dans le Tatouage Magazine 134

À tout juste 23 ans, Noémie poursuit sa quête intérieure. Au départ spécialisée en design graphique (« Je n’en fait plus sauf cas très exceptionnel »), la jeune femme s’épanouit dans les arts. Peu importe, si c’est avec la photographie, la peinture ou même le tatouage, elle se nourrit de toute forme d’art ! Elle explore ses émotions les plus intimes et apprend à mieux se connaître. Le tatouage fait partie de cette initiation. Longtemps introvertie, Noémie s’est appropriée « cette coquille charnelle » grâce à l’encre. Ainsi, la jeune femme confie : « Le tatouage m’a donné confiance. Je révèle ce qui est à l’intérieur de moi et j’apprivoise mon corps. Je n’ai plus l’impression de porter une enveloppe impersonnelle. »

Depuis 5 ans, Noémie se fait tatouer par Guy le Tatooer (@ guyletatooer.one) à raison de séances de 2 jours d’affilée, souvent 5 heures le premier jour, puis 2 à 4 heures le lendemain. C’est une épreuve physique, mais ça force à l’introspection. Noémie raconte : « C’est clair que c’est un moment assez particulier. Je suis dans l’hypercontrôle et là, je suis face à quelqu’un qui est dans la spontanéité et qui dessine sur moi. Donc je n’ai plus vraiment de contrôle sur ce qu’il me fait et c’est très étrange. Ça m’a demandé un travail finalement libérateur et j’y vais maintenant sans la moindre appréhension. J’apprends beaucoup quand je suis là-bas. »

Outre le tatouage, Noémie se lance des défis pour dépasser ses limites. Son prochain challenge est de préparer un book pour dénicher un apprentissage. Avec sa voix fluette, elle avoue : « Je suis très dure avec moi-même. Il y a très peu de temps, je ne me sentais pas capable d’y arriver, parce que je ne me trouvais pas douée. J’avais peur de ne pas faire honneur à ce métier ; cet art que j’affectionne tellement. » Pourtant, il suffit de regarder ses croquis sur Instagram (@noemiedoragon) pour déceler du talent. La jeune femme a un bon coup de crayon et possède un univers artistique très riche en influences.

Découverte de l’Asie

Amoureuse d’authenticité, Noémie apprécie particulièrement les cultures asiatiques. Elle cite la référence absolue, le dessinateur japonais, Hayao Miyazaki. Ses films d’animation ont bercé toute une génération de petites filles, avec des héroïnes au caractère bien trempé : Princesse Mononoké, Kiki la petite sorcière, Arrietty, etc. Justement, Noémie y admire « la force des femmes et de la nature ». D’ailleurs, elle se réfugie dans la forêt à ses heures perdues. Elle observe la nature et les animaux. Elle s’y sent bien, elle-même. Son art est aussi sa philosophie de vie…

Noémie s’inspire du bouddhisme et de l’hindouisme. Elle s’intéresse aux tribus et à leurs rites ancestraux. Elle se passionne pour les peintures colorées de Madhubani, une ville indienne et le mehndī, l’art du tatouage éphémère. Elle est fascinée par l’Irezumi et le Sak-Yant avec l’aspect rituel initiatique de ces tatouages traditionnels. Amoureuse des pays d’Asie, Noémie voyage à la découverte de ces cultures. Elle se remémore : « Quand j’avais 16/17 ans, j’étais phobique sociale. Je me suis dit que ce serait chouette de me lancer un défi et de partir au bout du monde toute seule, de voyager dans des pays que je rêvais de visiter. Je suis allée en Thaïlande, à Hong-kong et au Japon l’année dernière. C’était une expérience très riche de voir tous ces temples, de voir la place de la célébration et de la nature dans ces sociétés, d’observer les différents rythmes de vie. Réussir à relever ce défi, ça m’a beaucoup aidée à grandir ! »

Subjugée

Noémie s’est épanouie depuis qu’elle se fait tatouer. Sa rencontre avec Guy le Tatooer a été salvatrice. Vers l’âge de 10/11 ans, elle découvre l’une de ses pièces sur Internet. Elle est subjuguée. Guy est le précurseur des grandes pièces de style ornemental aux lignes épaisses. Elle admire aussi Gakkin, Nissaco, Yogi, HAIvarasly, Gotch et de nombreux autres artistes qui encrent de vraies peaux de Brocart. Noémie assimile alors le tatouage à de l’art. La jeune femme aime l’idée d’habiller les corps. Les tatouages épousent les formes avec harmonie pour rendre la silhouette gracieuse. À 18 ans, elle saute enfin le pas avec Guy le Tatooer, à Toulouse. Noémie raconte : « J’étais venue voir Guy pour une petite pièce sur ma nuque. Ensuite, je suis revenue pour me faire une main. Après ce projet, on était décidé à faire l’autre bras de façon qu’ils se répondent visuellement, puis le dos. Après cela, on est parti sur tout le reste ! Il m’a encré tout le corps et on continue ! »

Guy le mentor

D’ailleurs, Noémie s’est même fait tatouer par Guy en Thaïlande. La jeune femme en garde un souvenir un peu douloureux : « Je ne recommande pas le tatouage en voyage. Surtout, si on marche 5 à 6 heures par jour, par 38 degrés. Guy m’a tatoué le bas des fesses et tout l’arrière des jambes au tout début du voyage. J’ai poursuivi avec les jambes boudinées. Je n’arrivais pas à dormir cellophanée, avec la chaleur crevante de Bankgok ! » Cependant, cela reste un souvenir positif, comme si le voyage était « complet ». Noémie est une jeune femme bienveillante, qui aime le partage. Ses relations aux autres la nourrissent dans sa quête intérieure et Guy a une place spéciale. Elle se confie : « Je ne sais pas comment il le ressent de son côté. C’est clair que pour moi, il y a quelque chose de très fort. Il a une place importante, car il m’apporte énormément, autant parce que je m’approprie mon corps, que j’apprends à le connaître. Je grandis quand je suis là-bas. Guy est très généreux, il me transmet plein de choses. On échange beaucoup. »

A t-elle sollicité le tatoueur pour un apprentissage ? C’était souvent de cette manière que cela se passait autrefois. Elle ne veut pas casser ce lien précieux. Ce qu’elle confirme : « Je lui ai un peu parlé que je voulais tatouer. Il m’a dit que si j’avais des questions, il pouvait m’aider et me donner de conseils. Il aime bien son indépendance et je préfère conserver notre lien qui est beau et va perdurer dans le temps. » Noémie ne souhaite pas non plus se lancer en autodidacte. Elle aimerait vraiment trouver sa place dans un salon, « avec toute une équipe, son osmose et sa belle cohésion ! » En attendant de réaliser son rêve, la jeune femme cumule les petits contrats, car elle souhaite partir au Népal, cet été. On espère que le covid 19 ne sabotera pas son joli projet qu’elle nous décrit :

« J’aimerais faire quelque chose en lien avec la nature. Je dois aller aider la tatoueuse Hannah Pixie. Je vais peut-être accompagner des amis à elle pour construire sa belle écocommunauté au Népal. » Encore une belle aventure en perspective…

Instagram : @noemiedoragon

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